Gobee.bike ou l’échec cuisant d’une startup

Vous avez sûrement vu ces fameux vélos verts en libre service pulluler dans les rues de Paris depuis le début de l’hiver jusqu’à se poser la question de savoir si ceux-ci ne feraient pas de l’ombre aux Vélib’s dont le service a été interrompu depuis le mois d’octobre en raison d’un changement d’opérateur. Près de quatre mois plus tard, la société Beebike traque les épaves de vélos hors services ou vandalisées dans les rues de la capitale avant de mettre la clé sous la porte. Chronique du monde des startups si cher à nos amis de la République en marche.

Le site très libéral Contrepoints se félicitait de l’arrivée de ces vélos en libre-accès via une application sur smartphone et de l’arrivée de concurrents privés prêts à faire de l’ombre aux célèbres bicyclettes gris souris tout en disqualifiant l’archaïque et onéreux service public. Le propos de cet édito n’est guère de se réjouir avec l’échec d’une société de location de vélos mais plutôt de mettre en exergue les failles de ce modèle économique, le critiquer et souligner l’utilité et la fiabilité du service public, à condition bien sûr d’une gestion sérieuse et responsable.

On connaît désormais le modèle des startups devenu populaire à partir des années 90 principalement avec l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) et des géants du web regroupés sous l’acronyme  « GAFA » (Google – Amazon – Facebook). On se souvient aussi des fameuses « bulles internet » des années 2000 capables de générer autant de profits que de pertes vertigineuses, en particulier pour les investisseurs de ces jeunes pousses. Dix ans plus tard, les startup ont de nouveau le vent en poupe avec l’arrivée de plateformes intermédiaires entre clients et prestataires du style Uber, Deliveroo, Airbnb. Des as du salariat déguisé et de l’optimisation (évasion) fiscale. Des services peu chers et délivrés en une poignée de secondes sur une application mobile. Simplicité, rapidité et « fun », les startup vous facilitent l’existence ! Pour les employés auto-entrepreneurs qui les font tourner, c’est une autre histoire. Car derrière le statut d’indépendant, on le sait, il y a bien un lien de subordination à une plateforme avec toute la disponibilité nécessaire que cela implique -comprendre corvéable à merci- et une protection sociale quasi inexistante. Les sanctions pour l’employé(e) d’une startup inscrit sur une plateforme, ce sont les mauvaises évaluations du client qui vous font dégringoler dans le classement et peuvent définitivement vous mettre sur la touche. Et si vous êtes embauché au sein d’une startup comme développeur par exemple, il est souvent préférable d’être célibataire et sans enfant comme l’explique ici cet entrepreneur -Patrick Hannedouche- qui s’interroge par un « Faut-il payer les employés dans une startup ? » (vaste question!). L’idéal étant selon lui les petits stagiaires dévoués et peu coûteux. Ça, c’était pour la typologie générale.

Pour Gobee.bike le problème est d’une autre nature. La faille réside dans la fragilité des vélos trois fois sur quatre en panne et le manque de civisme des usagers qui avaient très souvent tendance à les garer n’importe où. De nombreux vélos sont désormais délaissés, cassés où simplement hors service et il faut plaindre les petites mains chargées de les récupérer à la hâte dans les rues de la capitale. Plaindre également le ou les « community manager » qui doivent traiter sur la page Facebook une avalanche de commentaires incendiaires des usagers espérant récupérer la somme créditée sur l’application et leurs 15 euros de caution. Eh oui, derrière l’aspect très « smiley », ludique et « disruptif » d’une startup, il est souvent difficile de régler un contentieux sur une page Facebook ou une simple plateforme numérique.

Force est de constater que le service public permet la mise en place de structures relativement fiables et solides. Les détracteurs du vélib’ diront que cela à un coût non négligeable pour le contribuable, évalué à 16 millions d’euros par an. Si on fait le calcul, à raison de 2,2 millions d’habitants dans Paris intramuros, cela représente un coût annuel de 7,26 euros/habitant. Pour l’usager, le coût du vélib est dérisoire : première demie-heure gratuite et abonnement annuel aux alentours de 40 euros contre 50 centimes à chaque utilisation pour Gobbe.bike. L’échec de Gobee.bike n’est pas uniquement parisien. Le fiasco s’est aussi confirmé à Lille, Reims et Bruxelles où de nombreux vélos sont encore égarés dans la capitale belge. À Paris, les nouveaux Vélib’s réinvestissent le paysage urbain et devraient êtres totalement opérationnels au printemps.

 

 

Auteur : Jocelyn L

Coanimateur du groupe d'action France Insoumise Paris 15 Grenelle, je m'occupe particulièrement de l'animation des réseaux sociaux et de notre présence sur le web. Mes centres d'intérêts sont les questions européennes, le droit mais aussi ce qui touche à l'environnement et les nouvelles technologies.

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