Sécurité quand tu nous tiens !

Dans le n° 36 du magazine d’information de la maire du XV°, M. Philippe Goujon, maire de l’arrondissement figure 22 fois et son nom est cité 15 fois, les opposants une seule fois (Anne Hidalgo est citée trois fois, sans toutefois mentionner sa qualité de maire de Paris, on peut ne pas apprécier sa politique, cependant un peu de correction pour la fonction...).
Ce magazine trimestriel est constitué de 24 pages.

Le plus symptomatique, dans ce numéro de mi-mandat, qui étale très consciencieusement les activités de la mairie avec beaucoup de satisfaction de la part de l’équipe municipale, est le ton très sécuritaire de l’édito du Maire.

La première moitié est consacrée au terrorisme, pour enchaîner « très naturellement » sur une demande de police municipale se félicitant d’être à l’initiative du plan Vidéo-protection de Paris (ce que P. Goujon faisait déjà valoir dans un de ses tracts à l’occasion des élections Législatives de 2017). Puis il en continue sur l’objet d’un contrat local de sécurité qu’il signera avec la Maire de Paris, le préfet de police et le procureur de la République… (page 3).

J’épluche le reste du magazine je ne trouverai pas de trace de ce projet… Quèsaco ?

https://www.api-site.paris.fr/mairies/public/assets/2018%2F4%2FINFO15_n%C2%B036_web.pdf

Rappelons quelques faits sur la vidéo surveillance

Une récente étude (10/05/2018) du sociologue Laurent Mucchielli vient d’être publiée et elle ramène l’efficacité de la vidéo surveillance à des proportions plus que modestes.

L’apport de cette technologie dans les enquêtes judiciaires, par ailleurs assez coûteuse, ne serait en effet que de 1 % à 3 %, démontre l’auteur, chiffres à l’appui. Jusqu’ici, pourtant, seules les chambres régionales des comptes ont épinglé le coût excessif de ces équipements (à Saint-Étienne, Lyon et Nice notamment).

Dans les villes « classiques » où la pauvreté et les problèmes sociaux sont assez élevés, et la délinquance une réalité, (villes moyennes de 18 500 habitants, 70 000 pour l’agglomération) les opérateurs s’ennuient devant leurs écrans. Sur une semaine de six jours, un agent traitera quatre petits incidents (problèmes de circulation, de stationnement, d’encombrants…). Et seuls 6 % des 800 incidents constatés dans l’année relèvent de la délinquance. La vidéo surveillance n’a contribué à l’élucidation d’enquêtes policières que dans 2 % des cas. Seul effet notable des caméras : la délinquance s’est déplacée ailleurs.

Marseille, 860 000 habitants, « fait l’objet d’un imaginaire puissant et de constructions politico-médiatiques intenses, notamment en matière de criminalité ». En 2011, la médiatisation des règlements de comptes a amené la mairie à doubler les effectifs de la police municipale en deux ans, et à lancer un plan d’équipement de 1 000 caméras de surveillance.

Un centre de supervision urbaine (CSU) a été créé, qui emploie 47 policiers municipaux et deux techniciens sept jours sur sept. Dans les faits, les images du CSU servent surtout à la vidéo verbalisation des véhicules. Elles n’ont permis d’élucider que de 1 % à 5,5 % des enquêtes policières. L’auteur estime le coût annuel total de la vidéo protection à 7 millions d’euros pour la ville.

Selon l’auteur, la « démagogie politique pollue gravement le débat sur la sécurité ». Il en veut notamment pour preuve les exemples de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et Nice (Alpes-Maritimes), villes pionnières en matière de vidéo surveillance, où les rodomontades de Patrick Balkany et Christian Estrosi n’ont pas empêché que des attentats soient commis, le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais et le 9 août 2017 devant le siège de la DGSI et de la SDAT. Localement et nationalement, le thème de l’insécurité reste une « ressource électorale pour certains élus », déplore Laurent Mucchielli.

En Angleterre, pays de la vidéo surveillance

Outre-Manche. Le «laboratoire» anglais, dans le pays le plus en pointe pour la vidéo surveillance, avait pris un sacré coup quand l’un de ses meilleurs observateurs avait parlé de «fiasco». Que la critique vienne du Royaume-Uni lui donne du relief : on y compte 4,2 millions de caméras de surveillance – soit une pour quatorze personnes… Au point qu’un Londonien peut être aisément filmé par plus de 300 caméras chaque jour.

Patron de l’exploitation de la vidéo surveillance, Mick Neville a parlé de « fiasco » à des fins judiciaires à la Metropolitan Police. Les sénateurs français ont rencontré Mick Neville et le citent: le bilan est «dérisoire en matière judiciaire».
Selon son estimation, «seulement 5% des vols dans les bus auraient été élucidés grâce à la vidéo surveillance alors que… chacun est équipé douze caméras». Et pourtant Philippe Goujon s’enorgueillit de la promesse de la présidente de région, Valérie Pécresse, qui a annoncé le renforcement du nombre de caméras dans les transports en commun et les lycées…!!!

Des coûts exorbitants

Pour exemple récent, le réseau de vidéo-surveillance (36 caméras) que Reims a inauguré au début du mois de février 2018, a nécessité un investissement de 1,5 million d’euros. Les frais de fonctionnement s’élèveront à 400 000 euros par an.

Alors les moyens attribués à la vidéo-surveillance dans cet arrondissement “si dangereux”, ainsi que le désastreux amalgame qui est fait, je cite : “ces mesures, parmi tant d’autres (traitement des bandes, des nuisances sonores, des cambriolages, du deal de rue, de la mendicité agressive, violences faites aux femmes…)” pêles mêles, ces fléaux dignes des plus sombres heures du quartier de Harlem à New-York, cités par Giuliani durant ces campagnes sécuritaires pour l’accession à la Mairie (aujourd’hui conseiller en sécurité informatique du président Donald Trump).

Le programme de la FI

Rappelons que la FI, dans son programme, veut démanteler les brigades anticriminalité et dénonce « la police-shérif ». « Fidélisés sur un territoire à taille humaine », les policiers de proximité seraient chargés du « traitement quotidien des petits délits ». LJLM propose de rouvrir des écoles de police pour allonger la formation des futurs gardiens de la paix (deux années, comme en Allemagne, au lieu d’une en France) et de ne pas céder aux sirènes vidéo anesthésiants des ressources humaines pour entretenir l’ordre public.

Alors, les caméras…

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